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Di Pasquale : « Que les Françaises brillent »

© PANORAMIC
Emmanuel LANGELLIER
 
 
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Mercredi 11 février 2009 à 11h00
Ancien joueur professionnel (39e au classement ATP et médaillé de bronze aux Jeux Olympiques en 2000) et aujourd'hui agent notamment de Tatiana Golovin en France et de Marion Bartoli, Arnaud Di Pasquale (30 ans aujourd'hui !) porte son regard sur le tennis féminin qu'il suit désormais davantage.  

Arnaud, quel regard portez-vous sur le tennis féminin ?
C'est marrant comme question car je crois que je vais m'y intéresser forcément plus. Par obligation déjà, par rapport à mon métier. J'étais à l'Open d'Australie, j'ai regardé Marion Bartoli dont je m'occupe et qui est allée en quart de finale, j'ai assisté à plusieurs de ses matches et on voit des choses. C'est quand même surprenant, il n'y a forcément pas les mêmes qualités physiques que chez les hommes. Ce ne sont pas les mêmes frappes, c'est différent. Depuis que Nicolas Escudé (un ami) a été nommé capitaine de Fed Cup, je vais forcément regarder la Fed Cup. Les toutes meilleures dominent car physiquement, elles sont très fortes.

Comment voyez-vous l'Open GDF SUEZ ?
J'aimerais bien que les Françaises brillent, que Cornet et Mauresmo brillent. Dechy et Loit se sont qualifiées pour le 2e tour, c'est super. Après, on va voir quand elles vont être confrontées aux gros morceaux. Si je devais fournir un pronostic, au vu de ce qu'elle a réalisé à l'Open d'Australie et si elle reproduit ce qu'elle a fait là-bas, Serena Williams sera très dure à battre. Maintenant, il peut y avoir des surprises et heureusement. Et s'il y en a une, j'aimerais bien que ça vienne d'une Française.

Que pensez-vous de Serena Williams ?
Elle est repassée en tête, c'est impressionnant. Je suis impressionné par sa puissance, ce qu'elle dégage sur le terrain. Je ne l'ai pas commentée en Australie mais j'étais dans la cabine de commentateur, j'étais juste derrière quand elle était sur le terrain, quand on la voit se rapprocher de nous, il y a quelque chose qui se dégage, quelque chose d'impressionnant. Elle peut en effrayer plus d'une. Elle est imposante. Et en frappe de balle, c'est très puissant. Je crois que la puissance s'est vraiment imposée dans le tennis féminin ces dernières années. Il y avait encore la place avec Martina Hingis à un moment donné par son sens tactique très développé. On sentait qu'il y avait une recherche par rapport à la tactique à mettre en place. A la manière d'un Gilles Simon dans le tennis masculin aujourd'hui, qui arrive à garder cet axe, grâce à son coup d'œil, ses prises de balle tôt, ses changements de rythme, grâce à un talent plus général finalement. On voit aussi Sharapova qui « envoie » de façon monstrueuse. Même si Henin était un peu plus petite, c'était très physique quand même. Après, la différence se fait sur le physique. Celles qui sont costaudes arrivent à percer et aller très haut.

Certaines personnes disent qu'elles préfèrent le tennis féminin car elles sont lassées du duel Nadal-Federer chez les hommes.
Pff, je ne sais pas… C'est marrant parce qu'en même temps, je ne comprends pas… Souvent les gens me disent « les années 80 », « les années 80 », etc. Mais on y retrouvait tout le temps les mêmes finales. Ils étaient entre cinq et huit à se partager un peu tous les titres. Certes, ils n'étaient pas que deux. On retrouvait des finales McEnroe-Borg puis Wilander, Lendl… Et les gens se plaignent aujourd'hui. On a l'impression qu'il y a une certaine nostalgie alors qu'on retrouvait les mêmes au final. Aujourd'hui on retrouve Nadal et Federer qui se livrent des duels épiques, je trouve ça dingue ! On voit encore cette finale en Australie, Nadal se sort les tripes alors qu'en demie il avait fait cinq sets et plus de cinq heures. La finale de Wimbledon l'an dernier… On a quand même envie de se mettre devant son posté de télé ! Je ne comprends pas… Après, c'est aussi un argument pour dire que dans le tennis féminin, c'est peut-être un peu plus varié. Si on aime aussi le tennis féminin, c'est qu'il y a plus d'échanges. Moi, je trouve le tennis masculin de plus en plus intéressant mais après, ça dépend de chacun…

Quelle est l'évolution du tennis féminin ?
Il progresse, les filles sont de plus en plus fortes. Elles sont plusieurs à pouvoir se tirer la bourre et on voit qu'il y en a quelques unes de « gracieuses ». Des filles comme Jankovic, Dementieva, Hantuchova, c'est agréable, et elles sont confrontées à des filles surpuissantes comme Serena Williams, je trouve ça très intéressant. A Paris ici au GDF SUEZ, on a aussi les Françaises, Amélie Mauresmo, Alizé Cornet… C'est le seul tournoi féminin en dehors de Roland-Garros, c'est le « Bercy » au féminin, il fait partie des 18 meilleurs tournois au monde, c'est un tournoi important, une salle assez mythique. En plus du tableau, il y a beaucoup d'éléments qui peuvent attirer les spectateurs.

Pensez-vous qu'une joueuse puisse battre un joueur du même niveau ?
Non, je ne crois pas en toute objectivité. Il y a quand même une différence assez marquante. Je ne crois pas qu'une 10e mondiale battra un 10e mondial, c'est impossible. J'espère ne pas me brouiller avec le tennis féminin en disant ce genre de chose mais je ne vois pas comment c'est possible. Physiquement, il y a un écart très important. Il faut aussi souligner que les filles mettent beaucoup moins d'effet dans les balles. Quand on voit ce que peuvent « envoyer » au  niveau du poignet les hommes… Nadal, évidemment, mais tous globalement. Il y a tellement plus de poids que dans le tennis féminin.

Suiviez-vous déjà les filles lorsque vous étiez sur le circuit ?
Je suivais les Françaises, on a eu quand même Mauresmo victorieuse de deux Grands Chelems qui a été numéro 1 mondiale. Ce sont des filles avec qui j'ai grandi, j'ai le même âge que Nathalie Dechy, Anne-Gaëlle Sidot, Mauresmo, Emilie Loit, la génération née en 1979, elles ont toutes percé. Forcément, quand il y avait un bon résultat, on faisait attention. Maintenant, si on est sur un tournoi du Grand Chelem et qu'on passe à côté, on va regarder quelques jeux comme elles le font  aussi avec les hommes. On se soutient tous mutuellement et c'est logique.

Serena Williams est aujourd'hui numéro 1, peut-elle le rester longtemps ?
Je la trouve assez inconstante. Elle a montré un peu d'irrégularité ces dernières années. Il y a à chaque fois quelques petites blessures, on ne sait pas s'il y a la même motivation, la même envie. Mais, avec ce qu'elle a montré à l'Open d'Australie, elle était super solide. Quand elle a décidé de faire les efforts, d'aller au bout et de gagner, elle a quand même de grandes chances de rester numéro 1.

Mis à part Serena, y a-t-il une joueuse qui vous impressionne ?
Je suis assez surpris par la combativité de pas mal de filles dont Safina par exemple. On sent qu'elle a un vrai objectif, elle veut être numéro 1 mondiale. C'est la sœur d'un copain en plus (Marat Safin), je ne pensais pas qu'elle irait aussi loin. Quand on voit la travailleuse que c'est, je trouve ça assez impressionnant. Après, elles ont toutes des grosses qualités. J'aime beaucoup le jeu de Jankovic, elle sent le jeu. C'est propre, elle a du toucher, on sent qu'elle distribue, que ce n'est pas forcé. Elle, ça ne me surprend pas qu'elle ait été numéro 1 mondiale aussi. Après, Dementieva, on la connaît plus, elle fait moins de doubles fautes, c'est de l'humour mais c'est vrai. Elle peut aller très loin. Elles sont toutes complètes mais, quand Serena est au top, elle est au-dessus je pense.

Quelles sont les futures grandes joueuses ?
Pour l'instant, il y en a quelques unes qui sont devant. Je ne vois pas une joueuse émerger comme quand il y a eu les Williams. En revanche, il y en a des beaucoup plus jeunes qui sont juniors dont on ne parle encore comme Kristina Mladenovic, Laura Robson. Mladenovic, c'est impressionnant, c'est assez dingue.

Amélie Mauresmo peut-elle revenir dans le Top 20 ?
Oui. Elle a l'expérience et tellement de vécu, elle sait ce qu'elle doit faire. C'est une question de confiance, de motivation et de physique. Mais je pense que son objectif est de revenir dans le Top 10, de remporter des tournois et des Grands Chelems.

Comment va Tatiana Golovin (blessée au dos, elle ne sait toujours pas si elle rejouera au tennis) ?
Elle ne peut toujours pas rejouer. Elle se soigne et ne peut pas se fixer d'échéance. C'est un gros point d'interrogation. Il faut rester optimiste, elle est jeune, il n'y a pas de raison qui fait qu'elle ne rejouera pas. Ca va mieux mais après, entre vraiment pouvoir reprendre et être à fond, il y a vraiment une différence. La difficulté mentale et morale, c'est qu'elle ne peut pas se fixer d'échéance. C'est terrible, psychologiquement, de ne pas savoir au quotidien quand elle va pouvoir vraiment retaper la balle et repartir en tournoi. Mais elle a le moral, elle est souvent à Londres (avec son compagnon Samir Nasri, le joueur d'Arsenal).

Y a-t-il du dopage dans le tennis ? Avez-vous vu des joueurs tricher ?
« Vu », non. On peut avoir des doutes. Il y a eu des cas de dopage avec notamment Puerta, Canas et Chela. Maintenant, ça reste minoritaire. Et s'il y a du dopage, il y en a très peu. C'est important de le souligner car il y a des contrôles chaque semaine. On ne peut pas passer entre les mailles du filet, je n'y crois pas. Ou alors, il faut vraiment avoir des moyens énormes. On est passé à la prise de sang, ce n'est pas négligeable. Et le tennis aujourd'hui ne demande pas que des qualités physiques. Il y a des gens qui travaillent plus que d'autres, qui sont exceptionnels. On peut aller tellement loin que ça peut soulever le doute alors qu'on peut ne rien avoir pris et je trouve ça dommage. Pointer du doigt certaines personnes sans avoir de preuves, c'est ce qu'il y a de pire.

Comme Nadal ?
Oui, on n'a pas le droit. Je m'en souviendrais toute ma vie, j'ai vu Nadal quand il avait 16 ans, dans ses yeux et son attitude dans un match qu'il avait perdu, il y avait quelque chose que personne n'avait. C'était monstrueux.

Pour finir, on peut dire que le tennis féminin a donc de beaux jours devant lui ?
Oui. Il y a aussi un gros travail de la WTA, Sony Ericsson fait beaucoup d'efforts pour promouvoir le tennis féminin. Il y a un nouveau calendrier. Plein de choses se mettent en place pour la promotion du tennis féminin. Les joueuses sont partantes, elles répondent présent, c'est top.

Di Pasquale: «Plutôt Dementieva que Sharapova»

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